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[Livres] 3 bandes dessinées en lien avec l’agriculture

Récemment, j’ai redécouvert les bandes dessinées. Aujourd’hui j’ai envie de vous les partager car elles m’ont, toutes les trois, beaucoup émue. Elles ont la particularité d’être en rapport avec l’agriculture et se focalisent sur les problèmes actuels de l’agriculture intensive. Quelle est l’agriculture qui se pratique aujourd’hui? Quelles sont ses dérives et quelles sont les conséquences pour la population? Comment des agriculteur·rices s’opposent à l’agriculture industrielle? Ces trois BDs abordent ces questions et tentent d’y répondre. Dans tous les cas, on n’en sort pas indemne.

Rural ! Chronique d’une collision politique d’Étienne Davodeau

Couverture de la BD Rural! Chronique d'une collision Politique d'Etienne Davodeau. On y voit un tractopelle à droite qui fonce sur une vache blanche à tâches noires en train de brouter

Que se passe-t-il quand la construction d’une autoroute vient bouleverser la vie des habitants et habitantes d’une commune de l’Anjou ? Étienne Davodeau raconte l’histoire de trois agriculteurs et d’un couple du village de Chanzeaux en Maine et Loire dans leur lutte contre le projet d’autoroute A87 dans sa BD intitulée Rural ! Chronique d’une collision politique parue en 2001.

Trois agriculteurs et une autoroute

On y suit pendant un an Olivier et Étienne Cesbron et Jean-Claude Besnard associés dans le GAEC du Kozon. Etienne Davodeau raconte au fil des saisons les travaux de cette ferme laitière convertie en bio ainsi que leur militantisme à la confédération paysanne. Rien n’est caché : de l’insémination artificielle des vaches au cycle de production du lait en passant par l’abattage des veaux mâles quelques jours après leur naissance, les dessous d’une ferme laitière sont exposées avec leurs contradictions mais aussi une certaine idée de leur métier, loin du productivisme et de l’agro-industrie. Mais tout est bousculé quand les terres de leur ferme vont être traversées par l’autoroute reliant Angers à la Roche-sur-Yon. Cette BD revient alors sur la lutte des villageois et villageoises contre le projet de cette autoroute décidé dans les années 90 et les décisions parfois absurdes pour définir le tracé plus guidé par des décisions politiques et pour faire plaisir à quelque-un·es. Mais c’est surtout la vie d’un couple et de leurs deux enfants qui va être chamboulée par ce projet. L’autoroute doit passer et passera ! Tant pis si cela détruit des vies.

Un sentiment de gâchis

Chronique d’une ruralité ignorée des citadin·e·s, cette BD raconte de manière très documentée le quotidien de la vie à la campagne. L’irruption d’un projet décidé ailleurs illustre très bien la lutte du pot de fer contre le pot de terre. On ressort de cette lecture avec un sentiment de gâchis. Ce BD met aussi en lumière ces grands travaux absurdes qui impactent durablement la vie des locaux. Étienne Davodeau ne s’en cache pas : « L’objectivité n’est pas dans ce livre. » mais son récit sincère, humain et documenté en fait tout le charme.

Algues vertes l’histoire interdite d’Inès Léraud et Pierre Van Hove

Direction la Bretagne et ces marées d’algues vertes avec une question : pourquoi les décès dus à cette pollution sont passés sous silence ?

Un cheval mort sur la plage

Couverture de la BD Algues Vertes d'Inès Léraud et Pierre Van Hove. promeneurs sont sur une plage recouvertes d'algues vertes. La couverture est dans les tons jaunes.

Un cheval mort sur la plage et son propriétaire hospitalisé pour des convulsions, voilà ce qui intrique Pierre Philippe, médecin urgentiste à Lannion. En effet, ce cas n’est pas isolé car des personnes et des animaux morts retrouvés sur les plages de Bretagne, le médecin a y été confronté plusieurs fois. Alors qui est ce tueur invisible ? L’hydrogène sulfuré (H2S) issu de la décomposition des algues vertes échouées sur la plage. Le piège est d’autant plus sournois que ces algues se décomposent très vite, en 48 heures et deviennent blanches en surface se confondant avec le sable. Elles deviennent impossible à repérer.

Tout commence à la fin de la deuxième mondiale, l’agriculture bretonne doit être modernisée et dorénavant elle produira des porcs en batterie rejetant tant de nitrates dans les eaux qu’elle conduira à l’apparition des algues vertes dans les années 70 et les premiers décès inexpliqués apparaissent. Certain·es soupçonnent l’hydrogène sulfuré issu de la décomposition des algues mais comment le prouver quand les tests et autopsies ne sont pas ou mal pratiqués. La voix de scientifiques reconnu·es est décrédibilisée par un système de pression mis en place par les lobbys agricoles, les grandes fortunes bretonnes, des scientifiques à la morale douteuse…

L’autre visage de la Bretagne

Inès Léraud et Pierre Van Hove remontent le fil de cette histoire et livrent un récit poignant sur ces morts cachés et le rôle des autorités pour étouffer l’affaire depuis des années. On y croise des ramasseurs d’algues, les lobbys du porc breton soutenus par les grandes fortunes bretonnes, des militant·es écologistes, des promeneur·ses, des lanceurs·ses d’alertes, des procureur·es, des politiques nationaux et locaux en balade sur la plage, les acteurs·rices du tourisme local. Tout ce petit monde se croisent au fil des pages pour nous raconter l’arrivée des algues vertes sur les plages bretonnes et leur extrême dangerosité.

Tout au long de cette BD, Inès Léraud et Pierre Van Hove nous racontent les pressions subies sur toutes les personnes cherchant à dénoncer ce scandale, les conflits d’intérêt et la stratégie du doute mise en place. L’autrice démêle les fils de cette histoire compliquée mais à la fin ce sont les petit·es agriculteur·trices qui soufrent et les mort·es sont passé·es sous silence. Un récit poignant qui montre l’autre visage de la Bretagne.

Tropiques Toxiques, le scandale du chlordécone de Jessica Oublié, Nicola Gobbi, Kathrine Avraam et Vinciane Lebrun

Couverture de la BD Tropiques Toxiques le scandale du Chlordécone de Jessica Oublié, Nicola Gobbi, Kathrine Avraam et Vinciane Lebrun. On y voit une île recouverte de bananiers et en dessous des poissons dans l'eau.

Bananes et chlordécone sont intiment liés en Guadeloupe et en Martinique. Les premières sont cultivées pour être exportées en métropole. Le second est un pesticide qui a empoisonné les sols et l’eau de ces deux îles pour des centaines d’années.

Un agriculture basée sur l’exportation de la banane

L’agriculture des Antilles reposent presque uniquement sur la culture de la banane pour le marché français. Pour assurer les rendements, le chlordécone a été utilisé pendant des décennies pour lutter contre le charançon de la banane, qui détruisait les plantations de bananiers. Pourtant, ce pesticide a été interdit très rapidement aux Etats-Unis (en 1976) quand sa dangerosité a été mis en évidence. Le chlordécone est un pesticide très persistant dans l’environnement à cause de sa structure chimique. Il est soupçonné d’être cancérigène. En 2021, le cancer de la prostate a été reconnue comme maladie professionnelle pour les agriculteurs ayant utilisé le chlordécone pendant 10 ans. Des mesures sanguines montrent également que 90 % de la population des Antilles est contaminée. Pourtant il n’a été interdit qu’en 1993 en France.

Le chlordécone, un poison pour les Antilles

L’autrice principale de cette BD, Jessica Oublié, découvre le chlordécone en revenant s’installer en Guadeloupe en 2018. Alors que ce mot fait la une aux Antilles, pas un mot dans la presse métropolitaine. Elle décide donc de mener sa propre enquête. D’abord à Hopewell aux États-Unis, siège de Allied Chemical, le fabricant du chlordécone commercialisé sous le nom de Kepone. Suite aux rejets de Kepone dans la rivière James et l’empoisonnement de travailleurs, le chlordécone a été interdit aux États-Unis. Si ce scandale a fait la une des journaux américains, en France, pas un mot. Au fil des pages, on découvre l’ampleur de la catastrophe et son impact sur la vie quotidienne des Antillais·es. La pollution de l’eau et des sols entraînent l’interdiction de consommer de la viande, des poissons, des œufs, certains légumes. Mais elle a aussi un impact financier et social : des agriculteurs·trices sont obligés de déclarer faillite suite à l’interdiction de commercialisation de leurs produits.

Mais à travers les pages de cette BD, on découvre la société antillaise et comment le colonialisme imprègne toujours les mentalités. Les intérêts économiques des uns s’opposent à la protection de la santé des Guadeloupéen·nes et des Martiniquais·es. Comme pour les algues vertes, les lobbys sont à l’œuvre et ont permis de retarder l’interdiction du chlordécone en France.

Comprendre le scandale du chlordécone aux Antilles

Cette BD écrite à 8 mains est une enquête fouillée de plus de deux ans sur les conséquences à long terme du chlordécone sur la vie des habitant·es de ces deux îles. Mais elle décrit aussi parfaitement une société antillaise encore marquée par le colonialisme. La fin est vraiment une note d’espoir car plusieurs solutions sont présentées pour vivre avec la présence du chlordécone tout en limitant ses nuisances. Avec plus de 200 pages, cette BD reste un peu longue à lire et est surtout très dense en informations mais c’est vraiment une BD à offrir pour comprendre le scandale du chlordécone aux Antilles.

Connaissez-vous une de ces trois BD?

Logo Empreinte Minimale . Au centre les lettres E et M superposés verticalement . Encercle au dessus le texte empreinte minimale, au dessous écologie consciente

Crédit photo : Sharon McCutcheon via Unsplash pour la photo de couverture

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