Un ordinateur portable posé sur une surface blanche ouvert est vu de côté avec le pharse écrite en violet : Le numérique, une réalité polluante loin de la dématérialisation
Numérique Pollution

Le numérique, une réalité polluante loin de la dématérialisation

Le numérique n’est pas immatériel contrairement à l’idée communément admise. Pour fonctionner, les technologies numériques nécessitent d’avoir recours à des terminaux (ordinateurs, smartphones, écrans…), un réseau de câbles (cuivre, fibre optique), des centres informatiques pour stocker des données ainsi que divers petits matériels : chargeurs, connectique… Cette empreinte matérielle du numérique est très largement sous-estimée par les citoyens et les citoyennes, les entreprises et l’État. D’après un rapport du Sénat1, les impacts du numérique sur le changement climatique ne sont pas pris en compte et ne rentrent pas dans le cadre du respect de l’accord de Paris sur le climat2. Hors le numérique a besoin de supports physiques, consommateurs d’énergie et de matière (pour la fabrication et l’utilisation notamment) et sont donc émetteurs de gaz à effet de serre. La numérisation de la société et l’explosion de nos usages du numérique entraînent une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de ce secteur. Les technologies numériques ne sont pas virtuelles. Il est temps de réagir et de se tourner vers une sobriété numérique choisie plutôt qu’imposée.

L’impact environnemental du numérique français en 20213

En France, nous possédons en moyenne 11 équipements numériques par personne (8 à l’échelle mondiale). Les appareils les plus utilisés sont dans l’ordre : les ordinateurs (portables ou fixes et leurs écrans), les smartphones et les téléphones portables, les télévisions, les tablettes, les consoles de jeux et enfin les imprimantes. Tous ces équipements pèsent l’équivalent de 7 000 Tour Eiffel et consomment 8,3 % de la consommation électrique française (chiffres 2019). Mais les impacts ne sont pas liés seulement à la consommation électrique et au nombre d’objets numériques que nous possédons.

La principale source des impacts du numérique en France est la fabrication des terminaux.

Impacts environnementaux du numérique en France, rapport GreenIT, 2021.

Pour fabriquer et utiliser ces appareils numériques, il faut de l’énergie, de l’eau, des matières premières (métaux, plastique) et tout au long de leur vie, ils émettent des gaz à effet de serre contribuant au changement climatique. Afin de se faire une idée plus concrète de l’impact de notre usage du numérique, cela correspond à :

  • laisser un radiateur électrique de 1 000 watts allumé pendant 8 heures (consommation d’énergie primaire),
  • rouler pendant 6 kilomètres en voiture (émissions de gaz à effet de serre),
  • l’utilisation de 3 packs de bouteilles de 1,5 litres d’eau (ressource en eau),
  • et l’excavation de 197 kilogrammes de terre (impacts sur les ressources),

et tout cela pour une personne, chaque jour et pendant un an.

Nous avons tendance à minimiser notre impact du numérique sur l’environnement, pensant que les plus gros pollueurs sont les industriels (datacenters et réseaux). Mais la principale source des impacts du numérique en France est la fabrication des terminaux (télévisions, ordinateurs, smartphones…). Afin de réduire l’empreinte du numérique, il est donc important de prolonger la durée de vie de nos appareils numériques.

Au niveau mondial, une empreinte environnementale qui s’alourdit

Les chiffres du numérique à l’échelle mondiale sont corrélés aux chiffres français. La moyenne des équipements numériques est à peine plus faible, 8 mais il y a de grandes disparités. Cependant, en 2019, le numérique représentait 3,8 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, dues principalement à la fabrication et à l’utilisation des terminaux des utilisateurs et des utilisatrices. Les smartphones et les téléphones portables sont prédominants devant les ordinateurs puis les objets connectés4.

L’augmentation du nombre d’utilisateurs mais aussi l’augmentation de la taille des écrans de télévision ainsi que le développement des objets connectés entraînent une croissance folle de l’impact environnemental du numérique. The Shift Project5 estime, dans son rapport de 2018, que l’émission des gaz à effet de serre augmente de 8 % par an pour atteindre en 2025 une part du numérique dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 8 %. Quant à la consommation énergétique mondiale, elle augmente de 9 % par an6. Les impacts du numérique ne se limitent pas à l’émission de gaz à effet de serre et à la consommation énergétique. La pression sur les ressources en eau et les ressources abiotiques7 sont aussi très importantes. Par exemple, un smartphone est composé d’une quarantaine de métaux dont certains sont faiblement recyclables. A l’échelle nationale comme à l’échelle mondiale, la facture environnementale du numérique s’alourdit et sans sobriété numérique, rien ne permettra de diminuer la consommation d’énergie, réduire nos émissions de gaz à effet de serre et l’impact sur les ressources en eau et en matières premières.

Les nouveaux usages du numérique : la vidéo en ligne et les objets connectés

La vidéo en ligne

Depuis ces dernières années, la vidéo en ligne se développe à travers le monde. Des plateformes comme Netflix ou YouTube sont mondialement connues. Mais, et on l’ignore souvent, regarder la télévision via une box internet c’est aussi regarder de la vidéo en ligne.

La vidéo en ligne est très gourmande en bande passante et représente aujourd’hui 60 % du trafic des données internet. Cela représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle du numérique et 1 % sur la totalité des émissions à l’échelle mondiale. Ce flux vidéo contribue fortement à l’augmentation de la consommation de données (+25 % par an) et représente aujourd’hui la moitié de l’impact énergétique mondial du numérique8.

L’augmentation du nombre de vidéos, de leur qualité et des mécanismes de design addictif comme l’autoplay ou les vidéos incrustées s’oppose à la sobriété numérique. Il est temps de revoir nos usages de la vidéo en ligne.

Des chiffres contestés sur l’impact des vidéos en ligne

Photo d'une main gauche tenant une télécommande pointée en direction d'un télévision à écran plat. Sur la télé le mot Netflix est écrit en rouge. La télévision est posée sur un meuble télé en bois avec deux plantes vertes posées à gauche et à droite de celle-ci.
Crédit photo : freestocks via Unsplash

La controverse sur l’impact carbone du visionnage d’une vidéo en ligne est arrivée après une interview donnée par un collaborateur du Shift Project. Celui-ci a surestimé les émissions de gaz à effet de serre induits par le visionnage d’une vidéo de 30 minutes sur Netflix. L’erreur a été relevée par George Kamiya dans un article de l’Agence Internationale de l’Énergie. Et c’est là que les chiffres divergent. Alors combien émet-on de CO2 lors que l’on regarde une heure de vidéo à la demande ?

Tout d’abord, il est difficile d’estimer correctement la quantité de CO2 émise lors du visionnage d’une vidéo en ligne. Les hypothèses de travail diffèrent d’une étude à une autre comme le montre très bien l’étude bibliographique de Marks et al.. Dans son rapport, le Shift Project considère seulement les smartphones et les ordinateurs portables comme terminaux utilisés pour le visionnage d’une vidéo et que leur consommation électrique est négligeable par rapport à celle des data centers et du réseau internet. Le Shift Project conclut, dans sa réponse à Kamiya, que regarder une vidéo en ligne pendant une heure émet 400g éqCO2.

Pour sa part, Kamiya avance le chiffre de 36g éqCO2 par heure (chiffre réévalué en décembre 2020), soit 11 fois moins. Ceci peut s’expliquer par les hypothèses de calcul très différentes. Kamiya prend en compte dans les terminaux, les téléviseurs, puisque selon Netflix 70 % des visionnages se font par la télévision en plus des ordinateurs portables et des smartphones. En terme d’énergie, les terminaux, les téléviseurs en tête, sont les plus gros consommateurs d’électricité. Le réseau et les datacenters sont, dans l’hypothèse de Kamiya, plus efficients en énergie électrique et moins contributeurs à l’impact carbone. En février 2020 dans sa première analyse, Kamiya donnait le chiffre de 82g éqCO2 par heure, soit 5 fois moins que le chiffre avancé par le Shift Project. En utilisant la simulation de Kamiya, le Shift Project trouve des valeurs comprises entre 56 et 114g éqCO2 par heure (voir analyse détaillée, p 4). L’équipe du Dr. Laura U. Marks a utilisé le calculateur du Shift Project et calcule que regarder une vidéo d’une heure d’une résolution de 1080 pixels émet 280g eqCO2, sur un ordinateur portable Pour compléter, on peut rappeler que le modèle développé par le Shift Project n’est pas adapté à des situations particulières comme calculer l’impact carbone du visionnage d’une vidéo d’une heure sur Netflix. La divergence entre les approches du Shift Project (impact carbone surestimé) et de George Kamiya (impact carbone sous estimé) est dû à aux contributions des terminaux, des data centers et du réseau dans leur consommation électrique respective. Pour Kamiya, les terminaux sont prépondérants, pour le Shift Project ce sont le réseau et les datacenters.

Netflix a également effectué ce même travail en utilisant des données internes à l’entreprise et les outils développés par l’université de Bristol. Selon cette analyse, regarder une heure de vidéo Netflix émet 100g éqCO2.

En 2020, Carbon Trust estime quant à lui que regarder une heure de vidéo sur internet émet 55g éqCO2 en Europe et seulement 10g éqCO2 en France car notre électricité provient en majeure partie du nucléaire, faible émettrice en carbone. Cette étude utilise elle aussi les outils développés par l’université de Bristol et fait maintenant référence pour calculer l’impact carbone du streaming vidéo.

Évaluer l’impact carbone du streaming vidéo est donc compliqué et dépend des hypothèses de travail de départ. La consommation électrique des terminaux est-il prépondérante sur celles des datacenters où est hébergée la vidéo et le réseau par lequel celle-ci transite ? Cet impact dépend aussi des données du mix énergétique choisi : une moyenne mondiale ou des données spécifiques à un pays ou une région. L’impact environnemental du vidéo varie en fonction de paramètres tels que le type de terminaux, de la taille de l’écran ou du type de connexion. Si à l’échelle individuelle, l’empreinte carbone du streaming vidéo est faible, il faut rappeler qu’il y a plus de 220 millions d’abonné·e·s à Netflix en 2021. A l’échelle globale, l’impact carbone des vidéos en ligne s’accroît avec le développement des plateformes de vidéos à la demande ou de YouTube et ne sera pas compensé par les gains énergétiques des terminaux, des datacenters et des infrastructures réseaux.

Pour aller plus loin :

Explications sur l’empreinte carbone du streaming et du transfert de données, Gauthier Roussilhe, consulté le 05/02/2022

Les objets connectés

Les objets connectés sont souvent oubliés dans la mesure de l’impact du numérique sur l’environnement. Il y aurait aujourd’hui entre 8 et 30 milliards d’objets connectés dans le monde pour un usage individuel ou dans le monde industriel. Cependant leur nombre explose : de 1 milliard en 2010 à 48 milliards en 2025 et leur impact sera multiplié par 20. Cette augmentation du nombre d’objets connectés ainsi que l’usage de la vidéo aura un très grand impact environnemental dans les années à venir. Cependant, en 2020, The Shift Projet remet en question le déploiement de cette technologie. Par exemple, l’installation de lumière connectée et intelligente pour un usage privé n’entraîne pas de gains énergétiques. Ce serait plutôt l’inverse. Leurs conclusions sont semblables pour les compteurs communicants car les économies d’énergie dépendent fortement des modifications des habitudes du foyer9. Le déploiement du numérique dans tous les secteurs n’est pas toujours corrélé à un impact carbone plus faible.

L’effet rebond

L’effet rebond ou paradoxe de Jevons, théorisé par l’Anglais Willian Stanley Jevons lors de la révolution industrielle en Angleterre, entraîne l’augmentation de la consommation de ressources (énergie ou matières premières) à mesure que les techniques industrielles deviennent plus efficaces. Dans le numérique, cela se traduit par l’explosion de la demande en objets numériques (ordinateurs, tablettes, smartphones…) grâce à la miniaturisation des composants électroniques et la baisse de coûts de fabrication10. L’apparition des écrans plats n’a pas permis de faire de faire baisser les émissions de gaz à effet de serre car les consommateurs·rices se sont tournés vers des écrans plus grands annihilant les gains énergétiques3,11. Dans son rapport sur les effets rebond induits par le télétravail12, l’ADEME note une économie sur les émissions de gaz à effet de serre lors des trajets domicile – travail (-271 kg eqCO2 par jour de télétravail hebdomadaire) mais pour autant tous les trajets n’étant pas supprimés (emmener les enfants à l’école, faire des courses : trajets non effectués sur le chemin du travail) cela réduit de 30 % l’effet favorable du télétravail13. A l’avenir, suivant le comportement des personnes en télétravail, ce bilan pourrait s’alourdir.

Les émissions de CO2 mais pas que !

une boule en forme d'oeuf de couleur cuivré est posé eu fond d'une mine à ciel ouvert. On voit distinctement les diverses marches sur le coté de la mine.
Représentation de la quantité de cuivre (4,1 millions de tonnes) extraite de la mine Palabora en Afrique du Sud. Extrait du travail For What It’s Worth, Dillon Marrsh.

La plupart des études et des rapports a tendance à se focaliser sur les émissions de gaz à effet de serre lorsque l’on s’intéresse à l’impact environnemental du numérique. Il est donc primordial d’analyser le cycle de vie, notamment celui des terminaux, pour comprendre toutes les conséquences sur l’environnement qu’à notre usage du numérique. La brochure, éditée par l’ADEME, La face cachée du numérique le rappelle très bien. Le numérique est avant tout matériel. La miniaturisation et la complexification des équipements numériques a entraîné une augmentation de l’utilisation de matières premières. Par exemple, pour la fabrication d’un ordinateur portable de 2 kg, il faut extraire plus de 800 kg de matières premières soit 400 fois plus que sa masse finale.

L’étude conjointe ADEME – ARCEP14 montre que l’impact environnemental lié à la consommation énergétique est majoritaire (64%). Il faut cependant remarquer sur l’épuisement des ressources abiotiques naturelles (métaux, minéraux) n’est pas négligeable car il représente plus d’un quart de l’impact environnemental du numérique. L’empreinte carbone n’est pas le seul critère à prendre en compte pour mesurer l’impact environnemental du numérique.

A l’échelle européenne, une analyse du cycle de vie du numérique a été réalisée par GreenIT15. Comme mentionné précédemment, la consommation de ressources minérales et métalliques est très importante. Pour un·e habitant·e européen·ne sur un an, cela revient à déplacer 1 110 kg de matières et produire 225 kg de déchets à travers le monde. Cet indicateur « utilisation des ressources, minéraux et métaux » est le critère principal à prendre en compte dans la mesure de l’impact environnemental du numérique. La phase de fabrication des équipements et notamment celle des téléviseurs représente la plus grande partie des impacts environnementaux, entre 54 et 90 % selon les indicateurs.

Les déchets électroniques et leurs pollutions16

vue éclatée des composants d'un smartphone. il y a une vingtaine de composants bien dispersé sur une surface blanche
Crédit photo : Dan Christian via Pexels

Les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) regroupent plusieurs types d’appareils : réfrigérateurs, aspirateurs, lave-vaisselle, lampes… Les équipements issus du numérique sont regroupés dans deux catégories :

  • Les écrans et moniteurs : télévisions, moniteurs, ordinateurs portables, ordinateurs bloc-notes et tablettes,
  • Les petits équipements informatiques et de télécommunication : téléphones mobiles, GPS, imprimantes et téléphones.

Les DEEE du numérique représentent environ 21 % des déchets électriques et électroniques mondiaux. Cependant à l’échelle internationale, il est difficile de connaître le taux de recyclage de ces appareils. Hors, si l’impact environnemental du numérique est surtout lié à la phase de fabrication des équipements utilisateurs, la fin de vie des terminaux est également problématique.

Pour la suite, nous allons nous intéresser à l’ensemble des déchets électroniques et pas seulement ceux liés au numérique. En 2019, 53,6 millions de tonnes (Mt) de DEEE ont été produits dans le monde, soit 7,3 kg par habitant. Seulement 17,4 % ont fait l’objet d’une collecte et d’un recyclage. Plus inquiétant, la quantité de DEEE continue à augmenter (+9,2 Mt depuis 2014) mais la collecte et le recyclage progresse beaucoup moins vite (+1,8Mt depuis 2014).

En Europe le taux de collecte et de recyclage est bien meilleur (42,5%) mais la quantité de déchets électriques et électroniques est nettement plus élevé : 16,2 kg par an et par habitant en 2019.

Dans le monde, on ignore ce que devient la majorité des DEEE, ce qui représente 44,3 Mt soit 83 % des déchets électriques. Dans les pays riches, où les filières de recyclage sont bien en place, 8 % des DEEE est jeté à la poubelle, enfouis ou incinérés. Cependant, entre 7 et 20 % de ces déchets sont exportés dans des pays à plus faible revenus, mettant en doute un traitement adéquat de ces déchets. Dans les autres pays, les DEEE sont majoritairement gérés par le secteur informel entraînant des conséquences graves pour la santé des travailleurs et travailleuses et celles de enfants habitant à proximité de ces sites informels de recyclage.

Les déchets électroniques, une mine urbaine16

Les DEEE contiennent de nombreux métaux qui correctement recyclés pourraient être réintroduits dans le système de production industriel. Par exemple, les téléphones portables et les ordinateurs contiennent une concentration élevée d’or, environ 280g par tonne de déchets. Cependant, tous les métaux ne sont pas récupérables. Le germanium et l’indium, présents dans les transistors et les dalles tactiles respectivement, sont trop dispersés pour être recyclés.

Le fer, le cuivre et l’aluminium sont très présents dans les DEEE. Les récupérer permettrait d’économiser 25 millions de tonnes (Mt) sur les 39 Mt consommés en 2019 avec un recyclage optimal. Cependant cela ne compense pas l’extraction de nouvelles matières premières. Avec un taux de collecte et de recyclage de 17 % de DEEE, il est possible de récupérer 4 Mt de matières premières secondaires d’une valeur de 10 milliards de dollars. Le recyclage du fer, du cuivre et de l’aluminium a permis d’économiser 15 Mt d’émissions de CO2 en 2019.

Quelques solutions17

Le numérique n’est pas dématérialisé et son empreinte écologique croit d’année en année. Afin de maîtriser ou de réduire son impact, il est possible, à titre individuel, d’adopter ces gestes suivants :

  • prolonger la durée de vie de ces équipements numériques
  • ne pas multiplier les objets numériques
  • privilégiez la TNT à l’ADSL ou à la fibre pour regarder la télévision
  • diminuer sa consommation de vidéos en ligne en choisissant avec soin ce que l’on regarde et désactiver l’autoplay
  • réduire le nombre d’écrans à la maison, en diminuer la taille et ne pas acheter de téléviseurs nouvelle génération (4K, 8K…)
  • adapter la qualité de vidéos (résolution) à la taille de son écran
  • réduire la quantité de données stockées sur des supports physiques et surtout dans le cloud
  • renoncer aux objets connectés
  • se connecter en WiFi surtout à la maison

A l’échelle collective et réglementaire, il serait judicieux d’ :

  • interdire les forfaits illimités
  • mettre en place une tarification proportionnelle à sa consommation de données comme la consommation d’eau ou d’électricité
  • mettre en place une TVA réduite sur les produits reconditionnés
  • installer des logiciels libres par défaut notamment dans les services de l’État
  • interdire l’autoplay, le scroll infini et les recommandations
  • former les citoyens à la sobriété numérique
  • sensibiliser dès le plus jeune âge à une culture numérique durable
  • ne pas vendre systématiquement des chargeurs et des écouteurs

Les professionnels du secteur numérique doivent aussi prendre leur part en mettant en œuvre :

  • l’écoconception les services numériques
  • la réduction des services numériques
  • les mises à jour indispensables à la sécurité et ne pas rendre les appareils obsolètes lors des mises à jour
  • l’allongement de la durée de vie des équipements
  • la mesure de l’impact du numérique dans leur entreprise
  • l’échange de documents via des plateformes partagées

Pour la fabrication d’un ordinateur portable de 2 kg, il faut extraire plus de 800 kg de matières premières soit 400 fois plus que sa masse finale

La face cachée du numérique, ADEME, 2019

Le numérique n’est pas immatériel

Encenser pour permettre la transition énergétique, le numérique ne tient pas ses promesses. La consommation électrique s’accroît au fil des ans, tout comme les pollutions, l’émission de gaz à effet de serre et les pressions sur l’environnement18. Souvent évalué par ses émissions de gaz à effet de serre, l’impact du numérique sur l’environnement est beaucoup plus vaste. Les analyses du cycle de vie montrent que la pression sur les ressources minérales et métalliques est très importante. Le recyclage, très faible à l’échelle mondiale et souvent informel ne permettra pas de combler le manque de certaines matières premières. Il est également nécessaire d’harmoniser les méthodes d’évaluation ainsi que les bases de données afin d’arriver un consensus sur les impacts réels du numérique. Comme le souligne le rapport Pour un numérique soutenable de l’ARCEP, les tendances et les ordres de grandeur concordent mais les variations restent importantes limitant les décisions de politiques publiques.

De même, le développement rapide de nouveaux usages, comme la vidéo en ligne ou les objets connectés, tout comme l’effet rebond fait craindre une explosion du trafic de données et donc l’augmentation de l’impact environnemental du numérique.

A titre individuel, le questionnement sur ses usages du numérique sont essentiels. Les outils numériques que j’utilise sont-ils adaptés à mes besoins réels ? L’influence de la publicité et le comportement des pairs joue un rôle important dans notre usage du numérique. Il est donc important de sensibiliser à tout âge à la sobriété numérique. En tout premier lieu, il est important de se rappeler que l’allongement de la durée de vie de ses appareils est la meilleur façon de diminuer son empreinte numérique.

En parallèle des individus, les pouvoirs publics doivent participer à la sobriété numérique en mettant en place des réglementations en faveur d’une transition numérique en accord avec la transition écologique. Les entreprises du secteur numérique, quant à elles, ont un rôle important à jouer dans le développement futur des services numériques afin de réduire drastiquement l’impact écologique de ce secteur.

Connaissez-vous les impacts de votre usage du numérique? Êtes-vous prêt·e à allonger la durée de vie de appareils numériques et consommer moins? Quel est votre rapport au numérique?

Logo Empreinte Minimale . Au centre les lettres E et M superposés verticalement . Encercle au dessus le texte empreinte minimale, au dessous écologie consciente

Bibliographie :

1 Empreinte environnementale du numérique pour une transition numérique écologique, rapport du Sénat, 2020

2 L’accord de Paris sur le climat impose de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle ce qui implique de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 5 % par an.

3 Impacts environnementaux du numérique en France, rapport GreenIT, 2021.

4 Empreinte environnementale du numérique mondial, rapport Green IT, 2019

5 Lean ICT, Pour une sobriété numérique, The Shift Project, 2018

6 Ces chiffres ont été mises à jour en 2021 dans le rapport Impact environnemental du numérique : Tendances à 5 ans et Gouvernance de la 5G, The Shift Project, Mars 2021, consulté le 31/01/22. Les émissions annuelles de gaz à effet de serre seraient comprises entre 5,5 % et 6,9 % en 2025 avec une croissance de 5,5 % par an. La croissance de la consommation d’énergie primaire atteint les 7 % par an dans ce nouveau scénario pour représenter 9 % de la consommation d’énergie primaire mondiale pour le secteur du numérique.

7 Une ressource abiotique est une ressource non vivante comme l’eau, le sol, les minéraux…

8 Climat l’insoutenable usage de la vidéo en ligne, The Shift Project, 2019

9 Déployer la sobriété numérique, The Shift Project, 2020

10 Effets rebond du numérique, Ecoinfo, consulté le 25/01/2022

11 L’effet rebond dans le numérique est-il évitable ?, Greenit.fr, consulté le 25/01/2022

12 Étude sur la caractérisation des effets rebond induits par le télétravail, ADEME en partenariat avec Greenworking, 2020

13 Le télétravail, vraiment bon pour l’environnement?, Infographie, ADEME et Greenworking, consulté le 25/01/2022.

14 Évaluation de l’impact environnemental du numérique en France et analyse prospective, Note de synthèse, ADEME – ARCEP, Janvier 2022

15 Le numérique en Europe : une approche des impacts environnementaux par l’analyse du cycle de vie, GrennIT, Décembre 2021

16 Forti V., Baldé C.P., Kuehr R. et Bel G, Suivi des déchets d’équipements électriques et électroniques à l’échelle mondiale pour 2020 Quantités, flux et possibilités offertes par l’économie circulaire, ONU, 2020

17 Certaines solutions sont directement issues des rapports cités dans cet article.

18 L’inquiétante trajectoire de la consommation énergétique du numérique, Fabrice Flipo, The Conversation, 2 mars 2020, consulté le 25/01/2022

Crédit photo : Leon Seibert via Unsplash pour la photo de couverture

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