Climat

GIEC : Le changement climatique s’intensifie

Cet été, la multiplication des phénomènes extrêmes en France, sécheresses prolongées en métropole, immenses feux de forêt dans les Landes, canicules à répétition sont une conséquence directe du changement climatique. Ces phénomènes ne se limitent pas à notre pays et concernent l’ensemble du globe. On peut citer les inondations meurtrières de l’été dernier en Allemagne et en Belgique ou l’Australie qui fait face à la fois à de terribles inondations et des méga-feux. Malheureusement, lister toutes les catastrophes que l’on pourraient attribuer au changement climatique ces dernières années serait trop long. Il est plus intéressant de faire le point sur les connaissances scientifiques sur le changement climatique pour comprendre la relation entre l’influence humaine et le dérèglement climatique. Pour cela, se plonger dans les rapports du GIEC ou tout du moins sur le résumé pour les décideur·es permet de comprendre que tous les phénomènes extrêmes que nous avons connus ces dernières semaines ne sont pas isolés mais la manifestation directe du réchauffement climatique.

Qu’est ce que le GIEC ?

Le Groupe d’expert·es Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) a été créé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et l’Organisation Météorologique Météorologique Mondiale (OMM) en 1988. Cet organisme intergouvernemental est ouvert à tous les membres de l’ONU et de l’OMM et compte actuellement 195 pays membres.

Le but du GIEC est de fournir un état des lieux des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur le changement climatique, ses causes et ses conséquences. Le GIEC ne produit pas de nouvelles connaissances par des travaux de recherches mais évalue de façon critique des milliers de publications scientifiques. Ces évaluations sont publiées à intervalle régulier sous forme de rapports. Nous sommes actuellement dans le sixième cycle d’évaluation. Le rapport de synthèse devrait être publié en septembre 2022 après la publication des rapports des trois groupes de travail entre septembre 2021 et avril 2022. Le GIEC publie aussi des rapports spéciaux sur des thèmes précis comme celui sur les conséquences d’un réchauffement planétaire à 1,5°C. Ces rapports se veulent utile à la prise de décision mais le GIEC n’est pas prescripteur des actions à engager par les gouvernements.

Dans le monde entier, des milliers de scientifiques contribuent de façon volontaire et non rémunérée à l’écriture, l’examen ou la relecture des rapports. La sélection des auteurs et des autrices est très codifiée. Cette sélection doit être représentative de la diversité des points de vue dans les différents domaines évalués. Le GIEC s’attache aussi à constituer des équipes d’auteur·rices provenant de pays développés comme en développement, de jeunes chercheur·ses et d’autres plus aguerri·es. Le GIEC recherche aussi la parité femme – homme.

Le GIEC se compose principalement de trois groupes de travail qui publient chacun un rapport :

  • Le groupe de travail 1 sur les bases scientifiques de l’évolution du climat.
  • Le groupe de travail 2 sur les conséquences, l’adaptation et la vulnérabilité au changement climatique.
  • Le groupe de travail 3 sur l’atténuation du changement climatique.

Le GIEC a reçu le prix Nobel de la paix en 2007.

La partie 1 du sixième rapport du GIEC en quelques chiffres

En août 2021 paraissait le premier volet du sixième rapport du GIEC faisant l’état des connaissances sur les bases physiques du changement climatique. Il est le fruit de 234 auteurs et autrices principales, dont 28 % de femmes, provenant de 66 pays et de 517 auteur·rices collaborateur·rices. Plus de 14 000 publications scientifiques ont été évaluées et 78 000 commentaires ont été émis par les expert·es et les gouvernements. Ce travail a conduit à la publication d’un rapport de presque 4 000 pages en anglais, que je n’ai pas lu en entier, seulement quelques passages des résumés exécutifs. La suite de cet article se base principalement sur le résumé aux décideurs, plus accessible. Il est tout de même intéressant de se plonger dans ces rapports pour approfondir certains sujets. Vous pouvez retrouver l’ensemble de la bibliographie en fin d’article.

De ce rapport sur l’état des connaissances sur les bases physiques du changement climatique, plusieurs enseignements peuvent être tirés et mis en perspective par rapport aux phénomènes météo et aux catastrophes naturelles que nous observons. Voici les principaux.

L’être humain à l’origine du changement climatique

Ce sixième rapport affirme de façon sûre et certaine que le réchauffement climatique est dû à l’influence humaine. L’atmosphère, les océans et les continents se réchauffent incontestablement. Les changements sont rapides et généralisés. Ils affectent l’atmosphère, les océans, les étendues glacées terrestres et marines (la cryosphère) et les êtres vivants (la biosphère). Toutes les régions de monde sont touchées par le changement climatique.

« Il est incontestable que les activités humaines sont à l’origine du changement climatique rendant les événements climatiques extrêmes, y compris les vagues de chaleur, les fortes pluies et les sécheresses, plus fréquentes et plus sévères. »

Conférence de presse, Groupe de travail I, GIEC
2 graphiques montrant pour le premier l'augmentation de la température moyenne mondiale depuis 1850 et dans le second l'augmentation de la température due aux facteurs humains
Évolution de la température planétaire et causes du réchauffement récent

Les activités humaines sont à l’origine de l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre depuis 1750. Depuis les mesures du dernier rapport du GIEC en 2011, les gaz à effet de serre ont continué à croître. Les continents et les océans adsorbent près de la moitié (56%) des émissions de gaz à effet de serre. L’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère provoque une accumulation d’énergie sous forme de chaleur à la surface du globe. Depuis les années 1970, cet excès d’énergie a été absorbé par l’océan (91%) contribuant à le réchauffer. Les continents ainsi que la fonte des calottes glaciaires et des glaciers n’ont absorbé que 5 % et 3 %, respectivement de cette chaleur excédentaire. L’atmosphère n’a absorbé que 1 % de cet excès d’énergie bien qu’il se soit largement réchauffé.

+1,1°C de réchauffement global

Depuis 40 ans, chaque décennie a été successivement plus chaude que la décennie précédente. La température moyenne globale est de 1,1°C plus chaude entre 2011 et 2020 qu’entre 1850 – 1900. Les continents (+1,6°C) se réchauffent plus vite que les océans (+0,9°C). La France s’est réchauffée de 1,7°C depuis 1900. La température moyenne à la surface du globe augmente plus vite depuis 1970 qu’au cours des 2 000 dernières années. La dernière période aussi chaude observée sur Terre remonte à 125 000 ans.

Augmentation de la température de surface des terres et de l'océan depuis 1850
Évolution de la température mondiale de surface sur les terres et sur l’océan depuis 1850

Des changements rapides et sans précédent

La concentration de CO2 est la plus élevée depuis au moins deux millions d’années et les concentrations de CH4 et N2O, deux autres gaz à effet de serre, sont au plus haut depuis 800 000 ans. Ces gaz à effet de serre proviennent de l’utilisation des énergies fossiles, de la déforestation (utilisation des terres) et de la production alimentaire (élevage des ruminants). Le méthane CH4 est un puissant gaz à effet de serre à durée de vie courte. Il dégrade aussi la qualité de l’air car il participe à la formation d’ozone. A contrario, la durée de vie du CO2 dans l’atmosphère est d’un siècle.

Evolution de la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone, de méthane et d'oxyde nitreux depuis 800 000 ans
Évolution de trois gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone CO2, le méthane CH4, le protoxyde d’azote N2O depuis 800 000 ans

« Les changements climatiques récents sont généralisés, rapides et s’intensifient. Ils sont sans précédent depuis des millions d’années. »

Valérie Masson-Delmotte, climatologue et co-présidente du groupe I du GIEC

Le changement climatique est responsable de nombreux phénomènes météo et climatiques extrêmes dans toutes les régions du monde. Il s’agit de vagues de chaleur, de fortes précipitations, de sécheresses et de cyclones tropicaux dont l’attribution à l’influence humaine s’est accrue depuis le dernier rapport du GIEC.

Modification du cycle de l’eau

Il est probable que, sous l’effet de l’influence humaine, les précipitations moyennes globales sur les continents augmentent depuis 1950 et s’intensifient depuis les années 1980. Le GIEC observe la même tendance pour les pluies intenses. Les pluies de mousson subissent aussi des variations. Les sécheresses des sols augmentent dans certaines parties du monde. Les cyclones tropicaux de catégories 3-5 s’accroissent en proportion depuis 40 ans.

Effets sur la cryosphère

La fonte des glaciers à l’échelle mondiale et de façon synchronisée depuis 1990 ainsi que la diminution de la banquise arctique entre 1979-1988 et 2010-2019, -40 % en septembre, est vraisemblablement dû à l’influence humaine. Entre 2011 et 2020, la banquise arctique a atteint son niveau le plus bas depuis au moins 1850. Dans l’hémisphère Nord, la couverture neigeuse printanière diminue depuis 1950 et la calotte glaciaire du Groenland fond depuis 20 ans. En revanche, aucune tendance générale ne peut être confirmée pour l’Antarctique.

Effets sur les océans

Les océans se réchauffent depuis les années 1970, s’acidifient à un niveau jamais vu depuis 2 millions d’années. La teneur en oxygène des océans diminue. Le niveau global des mers a augmenté de 20 cm au 20ème siècle. Le rythme d’augmentation du niveau des océans s’accélère passant de 1,3 mm/an entre 1901 et 1971 à 3,7 mm/an entre 2006 et 2018, un phénomène jamais observé depuis 3 000 ans. Cette augmentation s’explique par l’expansion thermique des océans (50%) et la fonte des glaces (44%). Les vagues de chaleur marine ont doublé depuis les années 1980.

Les pics de chaleurs plus fréquents et plus intenses

Les pics de chaleurs observés ces dix dernières années auraient eu peu de chance de se produire sans l’influence humaine sur le climat. L’influence humaine augmente les chances de survenue d’évènements extrêmes depuis les années 1950, comme les vagues de chaleur et les sécheresses, les feux et les inondations.

Schéma montrant les changements climatiques régionaux pour les chaleurs extrêmes, les fortes pluies et les sécheresses agricoles et écologiques
Observations et attributions des changements climatiques régionaux : (a) Températures extrêmes, (b) fortes précipitations, (c) sécheresses agricoles et écologiques

Les climats possibles du futur

Le GIEC propose plusieurs scénarios (scénarios SSP), du plus optimiste au plus pessimiste, d’émissions de gaz à effet de serre et étudie la réponse climatique à ses scénarios.

Qu’est-ce qu’un scénario SSP ?

Les scénarios SSP pour Shared Socio-economic Pathways (Trajectoires socio-économiques partagées) sont l’ensemble des hypothèses socio-économiques qui permettent de décrire les évolutions du climat possibles dans les décennies à venir. Ils font le lien entre émissions de gaz à effet de serre et les politiques climatiques. Ils vont du plus optimiste, émissions de gaz à effet de serre faibles à très faibles au plus pessimiste, émissions de gaz à effet de serre élevées à très élevées.

Quel que soit le scénario considéré, la température moyenne globale va continuer d’augmenter jusqu’au milieu du 21ème siècle. Rester sous la barre des 1,5 ou 2°C ne sera possible qu’à condition de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre dans les années à venir.

Avec l’augmentation des températures, les phénomènes extrêmes cités ci-dessus vont encore s’amplifier. Les continents vont continuer à se réchauffer plus vite que la surface de l’océan, entre 1,4 et 1,7 fois plus vite. L’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Il est probable d’observer au moins une fois avant 2050 l’absence de glace en Arctique en septembre.

Les pluies intenses vont s’accentuer et devenir plus fréquentes dans la plupart des régions tout en étant plus variables. Dans les hautes latitudes, en régions équatoriales et celles soumises aux pluies de moussons, les pluies vont augmenter. Les événements très secs et très humides vont s’intensifier provoquant des sécheresses et des inondations.

Avec l’augmentation des émissions de CO2, les puits de carbone comme l’océan ou la végétation deviendront moins efficaces.

Chaque dixième de degré gagné est important.Avec 1°C de réchauffement comme actuellement, les pics de chaleur ont 3 fois plus de chances de se produire au moins une fois tous les 10 ans. Avec 1,5°C de plus c’est 4 fois et pour 2°C c’est 5,6 fois.

Augmentation de l'intensité et de la fréquence des éxtrêmes de températures chaudes, des fortes pluies et des sécheresses agricoles et écologiques
Évolution de l’intensité et la fréquence des températures extrêmes chaudes sur les terres, des fortes précipitations sur les terres et des sécheresses agricoles et écologiques dans les régions sèches.

Des changements irréversibles

Les émissions passées et futures de gaz à effet de serre conduisent à des phénomènes irréversibles pour les siècles et le millénaire à venir notamment pour l’océan, la banquise et la hausse du niveau des mers.

La hausse de la température de l’océan, son acidification et la perte d’oxygène va se poursuivre. Les glaciers vont continuer de fondre et la calotte glaciaire du Groenland risque très probablement de disparaître. Le niveau des mers va continuer d’augmenter jusqu’à 1 mètre en 2100 pour le pire des scénarios. D’autre part, sous l’effet du réchauffement des couches les plus profondes des océans et la fonte des calottes glaciaires, le niveau des océans pourrait s’élever de 2 à 3 mètres au cours des 2000 prochaines années.

Les risques climatiques à l’échelle locale

Le changement climatique affecte la Terre à l’échelle globale mais aussi locale. Il sera plus important à 2°C qu’à 1,5°C. Dès 1,5°C, les fortes pluies seront plus intenses et plus fréquentes. Les sécheresses, de plus en plus fréquentes, s’aggraveront. Les villes et leurs îlots de chaleur subiront plus de vagues de chaleur plus sévères et des pluies plus intenses. Les villes côtières feront face à des submersions marines plus fréquentes.

Limiter le changement climatique

Pour limiter le changement climatique, il faut arriver à la neutralité carbone et réduire drastiquement toutes les émissions de gaz à effet de serre notamment le méthane. Dans ce cas, la température mondiale se stabiliserait dans 20 à 30 ans. Autrement il sera impossible de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C ou 2°C.

La neutralité carbone impose le captage du CO2 dans l’atmosphère à l’aide de technologies de stockage de carbone en plus du captage par les puits naturels. Cependant, ces méthodes peuvent avoir des effets sur la disponibilité et la qualité de l’eau, la production alimentaire ou la biodiversité. Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, il faut atteindre la neutralité carbone en 2050 et donc ne pas dépasser un budget carbone à émettre de 500 milliards de tonnes.

Conclusions

Le changement climatique est indiscutablement dû aux activités humaines à l’origine des émissions de gaz à effet de serre conduisant à un réchauffement global actuel de 1,1°C. Ce degré supplémentaire conduit à observer déjà des phénomènes extrêmes (sécheresses, vagues de chaleur, précipitations intenses) affectant l’ensemble de la planète aussi bien les êtres humains que la faune et la flore.

Sans limitations drastiques et rapides des émissions de gaz à effet de serre et aboutissant à la neutralité carbone, il sera impossible de rester sous la barre des 1,5°C. Chaque demi degré de réchauffement conduit à l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes.

Il est possible de limiter le réchauffement climatique futur en quelques décennies en prenant des décisions courageuses. Sinon nous ferons face à des bouleversements auxquels la technologie ne pourra pas faire face.

Que retenez-vous de cette première partie du rapport du GIEC ?

Bibliographie :

  • IPCC, 2021: Summary for Policymakers. In: Climate Change 2021: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, A. Pirani, S.L. Connors, C. Péan, S. Berger, N. Caud, Y. Chen, L. Goldfarb, M.I. Gomis, M. Huang, K. Leitzell, E. Lonnoy, J.B.R. Matthews, T.K. Maycock, T. Waterfeld, O. Yelekçi, R. Yu, and B. Zhou (eds.)].
  • IPCC, 2021: Headline Statements from the Summary for Policymakers. In: Climate Change 2021: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change
  • IPCC, 2021 : Frequently Asked Questions. In: Climate Change 2021: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Coordinating Editors: Sophie Berger, Sarah L. Connors]
  • Le compte Twitter de Valérie Masson-Delmotte

L’ensemble des rapports du groupe de travail 1 du GIEC est accessible en ligne.

Photo de couverture : IPCC WG1, www.environmentalgraphiti.org

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